Destination : 85 , Itinéraire assassin


Je t'ai tuée petite...

Je t’ai tuée petite….pour une grande.

« Il y a quelques jours déjà que je te regarde, guette, observe, épie.
Je te fais déjà mienne en quelque sorte. Qui te connait aussi bien que moi ? Tu es à moi désormais, sans rien en savoir, innocente !
Innocente ? Tu sais bien malgré ta jeunesse, l’effet que tu produis sur certains hommes. Tu sais que depuis peu, leur regard sur toi n’est plus le même, Lolita de banlieue campagnarde !
Je suis passé discrètement derrière toi, hier en fin de journée, furtif et précis, comme le chat, prédateur efficace. Tu étais comme gonflée de tes odeurs et j’ai pu voler au passage un peu de ces parfums.
Tu es belle, vraiment belle, d’une beauté simple et sûre. Imperfection subtile et raffinée : tu as ici, dans ce doux renflement doré, excitant, près de ton cœur, une toute petite tache noire, point d’orgue à ta beauté.
Je t’embrasserai tout à l’heure, je t’embrasserai et même pire. Oh, boire tes sucs les plus intimes, faire couler le miel secret !
Tu ne dis rien ? Tu frémis à peine, offerte, impudique ! Est-ce qu’il y a un plaisir sourd à anticiper la douleur dont on sait qu’elle viendra, inéluctablement ? Ce sont des questions pour les grandes.
Si au moins tu protestais un peu, si tu te débattais… Tu as raison, cela n’y changerait rien, ni plus ni moins vite, j’ai le temps. Ton agonie sera un peu longue, c’est ainsi. C’est ce qui doit être.
Tu n’es pas ma première, quoique tu sois peut-être la plus jeune. Je redécouvre à chaque fois le trouble du bourreau pour sa victime. Tu aurais pu comprendre ça plus tard.
Regarde-moi encore. C’est bien, tu ne te dérobes pas. Regarde-moi encore, petite si belle. Je t’aime.
Vois-tu, il y a longtemps que j’entraîne mes mains pour ce genre d’exercice, pour ce genre « d’exécution ». Je trouve ce mot un peu brutal, un peu rapide si j’ose dire.
Il y a longtemps que j’entraîne mes mains et mon corps tout entier pour des moments comme celui-ci. Celui de maintenant, de toi et moi sans personne pour nous voir.
J’aurais pu nous filmer mais j’aime la beauté fugace, éphémère, celle de ce qui a lieu une seule fois et qui n’existera jamais plus de la même façon. J’aime la danse mais elle n’a pas besoin d’être capturée, « fixée », c’est un comble, sur une pellicule. J’aime la musique et il ne me sied pas qu’on la mette en boîte.
Mes mains savent être douces et légères infiniment. D’autres avant toi, des grandes, me l’ont dit en souriant. Mes mains savent être douces et je vois bien en te caressant très lentement, qu’à certains endroits précis, tes poils si fins ont comme un soubresaut. Tu laisses au bout de mes doigts une trace humide, translucide et brillante comme la salive d’un bébé. N’en n’aie pas de remord, tu n’y es pour rien, la nature permet cela, tu es plus belle encore à cet instant. Je t’aime.
Allez, viens, nous nous quittons bientôt.

Une main suffira, je ne te frapperai pas, je te veux…. presque intacte. Non, je ne te frapperai pas, une seule main pour serrer ma prise, faire entrer de force mes doigts dans les tissus, entre chacune de tes fibres, serrer, écraser progressivement et déchirer peu à peu ton membre si frêle, jusqu’au bruit sec de la rupture.
Tu as mal ? C’est inévitable, n’insiste pas, tu me troubles. Et d’ailleurs tu n’es pas morte pour l’instant. Tu mourras dans les jours qui viennent, je t’amènerai à boire, ce sera donc plus long mais je préfère quand vous ne mourez pas trop vite.
Allons, viens ma belle, viens petite fleur des champs, je vais t’offrir à ma bien aimée. »

« Bonjour mon aimée, bonjour mon amante ! J’ai regardé plusieurs jours cette fleur qui s’épanouissait peu à peu. Je l’ai cueillie pour toi.
- Merci Zé ! Pourquoi as-tu les yeux mouillés ? »

Zfirin Kopec